La Russie tente d’imposer « sa paix » en Syrie

La Syrie est occupée par différents groupes © syria.liveuamap.com

Après avoir sauvé le régime Assad, Moscou tente de stabiliser le pays avec des « zones de désescalade ». Couplées à des transferts de population, cela ressemble à une partition.

Les « zones de désescalade », c’est quoi ?

Le 4 mai, la Russie, son allié l’Iran et la Turquie, qui soutient des rebelles syriens, sont tombés d’accord. Entré en vigueur samedi, leur projet prévoit quatre « zones de désescalade » qui recouvrent globalement les territoires contrôlés par la rébellion, à l’exception de ceux aux mains de Daech (carte). Dans ces quatre « zones de désescalade », combats au sol et raids aériens doivent cesser. Un accès humanitaire serait garanti par les trois pays et par « d’autres parties ».

La cerise sur le plan russe serait qu’il soit validé par le Conseil de sécurité de l’Onu. En visite aux États-Unis, où il a rencontré jeudi 11 mai le président Trump, le ministre russe des Affaires étrangères espère convaincre Washington.

Pourquoi la Russie joue-t-elle les faiseurs de paix ?

Parce qu’elle a gagné « sa guerre ». En intervenant à l’été 2015, la Russie a sauvé le régime « ami » d’Assad et, surtout, ses intérêts vitaux : les bases militaires sur la Méditerranée. La chute d’Alep fin 2016 a acté la défaite des rebelles. Il est temps pour Moscou d’arrêter les frais. Plutôt qu’une victoire militaire totale, coûteuse et aléatoire, mieux vaut « fixer » les rebelles dans quelques zones. Et laisser les Occidentaux, Américains en tête, se débrouiller avec l’est de la Syrie, aux mains de Daech.

Le plan russe peut-il fonctionner ?

Le régime et les rebelles n’ont pas signé l’accord. Mais, sous la pression des Russes, Assad a fini par l’accepter verbalement sous réserve que ses opposants le respectent aussi. Les rebelles, épuisés militairement, n’ont plus les moyens de grandes offensives. Du point de vue des objectifs russes et iraniens, le plan peut fonctionner.

Est-ce un pas vers la paix ?

Oui, pour Staffan de Mistura, l’émissaire de l’Onu pour la Syrie, dont les pourparlers de paix à Genève n’ont jamais décoincé… Mais la création des « zones de désescalade » fait davantage penser à une partition du pays. D’autant qu’elles s’accompagnent d’un « nettoyage » sur des bases politiques et surtout religieuses.

Les accords, baptisés de « réconciliation » par Damas, se poursuivent. Ils ont conduit à l’évacuation de milliers de rebelles sunnites encerclés par l’armée gouvernementale, en échange de l’évacuation de villages chiites, assiégés par la rébellion, notamment dans la région d’Idlib.

Patrick ANGEVIN.

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