La prise Hulot, les postes régaliens à droite, grimaces à gauche

 

Au menu du Réveil politique : Nicolas Hulot sous les projecteurs, un casting explosif en Essonne et la grimace de Najat Vallaud-Belkacem.

 Le fait du jour : un gouvernement équilibré… à droite

Un gouvernement d’experts ? La société civile est certes entrée en force au gouvernement, en héritant de 11 maroquins. Mais les postes régaliens et Bercy sont revenus à des élus très expérimentés – et à une seule femme, Sylvie Goulard, nommée ministre des Armées.

Les 11 ministres ayant derrière eux une carrière politique sont répartis de manière quasiment symétrique sur l’échiquier politique, mais les postes les plus haut placés penchent plutôt à droite. Bercy se pare de bleu avec Bruno Le Maire et Gérald Darmanin, issus des Républicains, la Justice, la Défense et la diplomatie d’orange, avec les MoDem François Bayrou, Sylvie Goulard et Marielle de Sarnez (Affaires européennes). Seuls deux ministres ont encore leur carte au Parti socialiste, dont ils incarnaient plutôt l’aile droite : Jean-Yves Le Drian (Affaires étrangères) et Gérard Collomb (Intérieur).

Plus de jeunes, moins d’énarques, des parcours plus divers… Le gouvernement du renouveau, vraiment ?

 L’homme du jour : Nicolas Hulot

Nicolas Hulot ministre, cela ressemblait à une histoire sans fin de parades nuptiales toujours déçues, de rumeurs toujours démenties. Et pourtant ce 17 mai 2017, l’ex-animateur d’Ushuaia est devenu le ministre de la Transition écologique et solidaire du gouvernement Philippe. Et pas un petit ministre de rien du tout : un ministre d’Etat, distinction censée indiquer que l’environnement sera l’une des priorités du nouveau gouvernement, écrit notre journaliste Arnaud Gonzague.

Selon Patrick Apel-Muller de « L’Humanité », « le tableau de chasse est flatteur. Emmanuel Macron, pour qui l’écologie n’est qu’un nota bene, a circonvenu Nicolas Hulot, qui devra progressivement ravaler ses ambitions en matière de transition comme sa sensibilité à la solidarité ou à l’égalité ».

L’ancien animateur de l’émission Ushuaïa « donne à la fois une excellente image médiatique et vient combler le déficit du président en matière environnementale ». « Hulot est un gros poisson et Macron, ce que l’on savait déjà, une fine gaule. Ce que ni Chirac, ni Sarkozy, ni Hollande n’avaient réussi, Macron l’a fait », note Sébastien Lacroix dans « L’Union ». Avec Hulot, le président « tient sa prise de guerre », souligne « L’Est Républicain ». Ce qui reste « un exploit autant qu’un paradoxe car l’écologie a été la grande oubliée de la campagne présidentielle ».

Le chiffre du jour : 61%

6 Français sur 10 (61%) se disent satisfaits de la composition du premier gouvernement du quinquennat Macron, selon un sondage Elabe pour BFMTV publié ce jeudi. Dans le détail, 65% des personnes interrogées estiment que l’équipe conduite par le Premier ministre Edouard Philippe incarne un « renouvellement », contre 33% qui sont d’un avis contraire.

Pour le reste, les Français sont plutôt divisés : interrogés sur le fait de savoir si le gouvernement résoudra les problèmes du pays, 54% croient à son efficacité et 45% n’y croient pas. Une petite majorité (52%) estime que l’équipe gouvernementale ne durera pas « tout le quinquennat », contre 47% qui pensent qu’elle est partie pour durer.

La rupture entre les échantillons socioprofessionnels est également manifeste : 73% des cadres se montrent satisfaits du nouveau gouvernement, contre 49% des ouvriers.

Echantillon de 937 personnes représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée selon la méthode des quotas appliquée aux variables suivantes : sexe, âge et profession de l’interviewé après stratification par région et catégorie d’agglomération. Interrogation par Internet le 17 mai 2017 (après l’annonce du nouveau gouvernement).

 La phrase du jour : Le Maire se roule par terre

Vu dans « Le Parisien » de ce jeudi : Bruno Le Maire, qui prend les manettes d’un ministère de l’Economie aux larges attributions, s’était déjà vu promettre les clés de Bercy en 2011… avant de se faire doubler par François Baroin. Il y a quelques mois, il se souvenait :

« A l’époque, j’étais trop naïf. Je pensais que mes compétences suffiraient pour être promu. Alors que Baroin se roulait par terre pour avoir la place. »

De là à conclure que cette fois, le député de l’Eure aux 2,4% à la primaire a retenu la leçon et supplié à genoux…

 La circo du jour : qu’a fait l’Essonne pour mériter ça ?

Départager Manuel Valls, Francis Lalanne et… Dieudonné : c’est le choix de société radical qui va être proposé aux chanceux inscrits sur les listes électorales de la première circonscription de l’Essonne. Le polémiste « antisioniste », condamné à de la prison ferme en Belgique pour ses propos négationnistes, n’a pas résisté à la tentation de s’opposer à l’un de ses pires ennemis, désormais ex-Premier ministre sans étiquette, en s’inscrivant comme suppléant d’un certain Nolan Lapie… le jeune nationaliste breton qui avait giflé Manuel Valls pendant la campagne des primaires de gauche.

 

S’ils ne sont pas attirés par ce tandem (on ne leur jette pas la pierre), les électeurs d’Evry, Courcouronnes et Corbeil-Essonnes pourront se reporter sur le « citoyen du monde » Francis Lalanne, suppléant du candidat écocitoyen Jacques Borie (« 100% »).

Manuel Valls, sans parti pour les législatives, a lui dévoilé une affiche de campagne qui calque soigneusement la charte graphique d’En Marche!, tout en se revendiquant de la « majorité présidentielle ». « Face aux défis qui sont devant nous, il faut être responsable et construire autour du président de la République une majorité forte et cohérente », écrit l’ex-Premier ministre, qui sera en concurrence avec Farida Amrani (France insoumise) et Caroline Varin (LR).

 

 L’image du jour : la grimace qui veut tout dire

A ceux qui n’avaient pas encore compris le gouffre idéologique entre Najat Vallaud-Belkacem et son successeur rue de Grenelle, la tête de la ministre socialiste au moment où elle découvre la nomination de Jean-Michel Blanquer à l’Education nationale en dira très long. Un moment capté par les caméras de l’émission Quotidien :

Les idées sur l’Education du directeur de l’Essec, marqué à droite, sont indubitablement « Macron-compatibles » mais devraient marquer une rupture avec le précédent quinquennat. Son programme, élaboré avec l’aide du très libéral Institut Montaigne, entend bien s’attaquer au « diplodocus » éducatif avec, au menu, une réforme du bac et un principe d’autonomie très fort.

 A suivre aujourd’hui…

  • Le tout premier Conseil des ministres de l’ère Macron se tiendra à 11h à l’Elysée. Le porte-parole du gouvernement Christophe Castaner connaîtra ensuite son baptême du feu face à la presse avec son premier compte-rendu du Conseil.
  • Comme le veut la tradition, la nouvelle équipe fera une photo de famille sur le perron du palais présidentiel – du moins si la météo, qui s’annonce pluvieuse, le permet.
  • Emmanuel Macron pourrait ensuite décoller vers le Mali, où il avait prévu de saluer les troupes françaises de l’opération Barkhane « jeudi ou vendredi ».
  • Marine Le Pen, qu’on dit fatiguée par la bataille présidentielle, devrait annoncer sur TF1, au JT de 20h, si elle se présente ou non aux législatives.
  • La Cour de cassation doit trancher : Bernard Tapie doit-il rembourser les 404 millions d’euros que lui avait accordés un tribunal d’arbitrage en 2008 dans l’affaire de la revente d’Adidas ? Décision attendue à 14h.

 

Timothée Vilars

Timothée Vilars journaliste OBS

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