« J’ai l’impression que tout ce que j’ai fait dans ma vie est abîmé, cassé », regrette Martine Aubry

Au bout d’1 h 20 de point presse, l’armure a cédé. Au final, c’est le désarroi de Martine Aubry qui s’est fait jour, transformant un rendez-vous de soutien aux candidats PS aux législatives à Lille en état des lieux crépusculaire de la maison aubryste. «  C’est ça ma tristesse absolue. J’ai 66 ans et j’ai l’impression que tout ce que j’ai fait dans ma vie est abîmé, cassé. Tout ce à quoi j’ai cru.  » La maire de Lille apparaît groggy devant le champ de ruines qui s’annonce, jusqu’à confondre dans un lapsus terrible le candidat aubryste Roger Vicot avec Yves Durand, l’ex-camarade parti chez Macron. Oui, quelque chose s’est cassé.

« J’ai compris la colère des électeurs de Jean-Luc Mélenchon »

La présidentielle est passée par là, avec le résultat que l’on sait. À Lille, Benoît Hamon qu’elle soutenait a obtenu 11 %. Surtout, Jean-Luc Mélenchon y tutoie les 30 %. Un camouflet. C’est d’ailleurs vers lui qu’elle décoche ses premières flèches, lui qui est à ses yeux «  dans la politique du rêve et des annonces qui n’ont aucune chance de se réaliser  ». Moyennant quoi la maire de Lille avance : «  J’ai compris la colère des électeurs de Jean-Luc Mélenchon, mais le vote utile et efficace, c’est le PS. Le candidat de Mélenchon ne gagnera jamais face à Macron soutenu par la droite.  »

Dans l’opposition

Car en face, soupèse Martine Aubry, il y a Emmanuel Macron qui a le tort de «  mal connaître les Français, venant d’un milieu privilégié  » et de vouloir aujourd’hui «  une assemblée de béni-oui-oui  », «  un Parlement à sa botte ». «  Je ne souhaite pas son échec, la France va trop mal pour être dans la contestation permanente.  » Mais dans opposition constructive, il y a opposition. Car à n’en pas douter, selon Martine Aubry, «  il s’agit d’un gouvernement de droite avec un programme largement de droite  ». Et de citer la réforme annoncée du droit du travail qui promet de «  casser 50 ans de progrès social  ».

« On a cassé la politique… »

Reste que les prévisions électorales sont sombres pour les candidats socialistes, et Martine Aubry le sait, elle qui anticipe déjà une injustice pour les siens. «  Je ne sais pas comment parler aux Français aujourd’hui. Mais regardez à qui vous avez affaire ! Nos candidats ne sont pas des gauchos ni des béni-oui-oui. Regardez qui se bat pour vous !  » Martine Aubry conclut, amère : «  Les petits nouveaux de chez Macron qu’on a choisi au pif ou parce que ce sont des copains, c’est mieux que les gens de gauche qui se sont battus depuis cinq ans ? Ça me rend malade. Mais on est responsable, nous politiques, de ça. Quand la lutte contre les déficits a remplacé le projet de société, la politique a reculé. On a cassé la politique…  »

Source La Voix du Nord

 

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