Évitons de trancher entre libertés et guerre civile  

La multiplication des attentats low cost interroge nos pays sur leur politique sécuritaire mais aussi sur la façon d’envisager nos sociétés. 

PAR OLIVIER BERGER, La Voix du Nord

« Enough is enough. » Trop, c’est trop. La Première ministre britannique, Theresa May, a lâché ce cri du cœur et d’impuissance au lendemain de la troisième attaque en trois mois en Angleterre. Mais que signifie ce nouvel appel à la fermeté, quatre jours avant les élections législatives britanniques ?

À chaque attaque, les arsenaux législatifs sécuritaires des pays touchés (France, Belgique, Grande-Bretagne, Allemagne…) se renforcent. C’est logique mais insuffisant. On voit comme en France il est extrêmement délicat de renoncer à l’état d’urgence, qui dure depuis 2015 sans bouleverser la donne, ou à la contestée et épuisante opération militaire Sentinelle.

C’est en réalité depuis les attentats de Londres du 7 juillet 2005 que les Britanniques sont arrivés au constat que le modèle multiculturel fonctionne mal. Mais notre système républicain et citoyen, en théorie égalitaire et fraternel, ne fait pas mieux en cette période terriblement tendue.

Des attentats sont évités grâce au renseignement ; les forces de l’ordre limitent la portée des attaques (huit minutes avant la neutralisation des trois terroristes de Londres) ; les enquêtes sur les réseaux organisés progressent. Le passage à l’acte de ces terroristes quasi improvisés (location d’une camionnette et usage de couteaux pour tuer pour les derniers) reste indétectable ou presque. Surveiller tout le monde tout le temps, est-il possible, enviable ? Non et non.

La lutte antiterroriste bascule soudain sur le plan politique. Comment les pays démocratiques peuvent-ils combattre ce terrorisme endogène, «déterritorialisé et uberisé », résume le sociologue Gilles Kepel, et préserver nos libertés individuelles ? Notre capacité de résilience doit nous aider à éviter de trancher entre le vivre-ensemble et la guerre civile. Quel pays osera s’attaquer sur le temps long au pourquoi après le comment ?

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