Affaire du MoDem Le garde des Sceaux fait pression sur Radio France

Le ministre de la justice et président du MoDem, François Bayrou, a téléphoné mercredi 7 juin à l’un des directeurs de Radio France, pour se plaindre d’une enquête journalistique sur les finances de son mouvement qui n’était pas encore passée à l’antenne. François Bayrou confirme le coup de fil, mais dédramatise ainsi : « Ce n’est pas le ministre de la justice ni le président du MoDem qui a appelé, c’est le citoyen. »
Mediapart

François Bayrou est ministre de la Justice et président du MoDem. Sauf sur son compte Twitter et lorsqu’il appelle des journalistes pour leur reprocher leurs méthodes. Dans ces cas-là, il enlève toutes ses casquettes politiques pour n’en garder qu’une seule : celle de « citoyen » engagé. Pratique.

Mediapart révèle ainsi, vendredi 9 juin, que c’est de cette manière notamment que le garde des Sceaux justifie d’avoir appelé le responsable de la cellule investigation de Radio France, pour se plaindre d’une enquête en cours de franceinfo au sujet des salariés du MoDem sur fonds de soupçons d’emplois fictifs – une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris ce vendredi.

Selon le site d’informations, ce coup de fil de François Bayrou est intervenu « 48 heures » avant la diffusion de l’enquête de franceinfo, soit mardi. La radio affirme qu’entre 2009 et 2014, « une dizaine de salariés du siège du parti étaient parallèlement collaborateurs des députés européens du MoDem ». Deux ministres de l’actuel gouvernement d’Emmanuel Macron – Marielle de Sarnez et Sylvie Goulard – sont notamment concernées. Des informations déjà assez peu opportunes pour le MoDem, l’exécutif et La République en marche alors que le premier tour des élections législatives a lieu ce dimanche.

Le directeur de la cellule investigation de Radio France, Jacques Monin, donne la teneur de cet appel impromptu du garde des Sceaux, qui a duré environ 10 minutes :

Voici ce qu’il me dit en substance : ‘Des gens de chez vous sont en train de téléphoner à des salariés du MoDem, de les harceler de manière inquisitrice, et de jeter le soupçon sur leur probité. C’est inacceptable. Avec mes avocats, nous sommes en train d’étudier d’éventuelles plaintes pour harcèlement.’

François Bayrou confirme avoir appelé le journaliste, mais donne évidemment une version moins saignante de la conversation :

C’est simple, j’ai appelé le responsable de la cellule investigation de Radio France parce que des journalistes appelaient sur leur téléphone personnel des salariés de notre mouvement qui n’avaient aucun lien avec nos députés européens. Ils étaient appelés en dehors de leur lieu de travail, et les journalistes leur demandaient des explications sur leurs fonctions actuelles et passées. Une des salariées est venue dans mon bureau en pleurant, et nombre de cas me sont remontés. J’ai seulement dit au responsable de la cellule investigation que ces salariés vivaient cela comme du harcèlement. Ce n’est pas une menace, ni de l’intimidation. J’ai seulement dit que je trouvais cela choquant.

Quant au fait de savoir s’il est bien normal qu’un ministre (de surcroît de la Justice) fasse ainsi pression sur la presse au sujet d’une enquête pouvant déboucher sur des investigations de l’institution judiciaire concernant un parti politique (de surcroît le sien), François Bayrou apporte cette réponse :

Ce n’est pas le ministre de la justice ni le président du MoDem qui a appelé, c’est le citoyen, simplement pour protéger ces jeunes femmes.

Ah bah ça va alors.

Le ministre de la Justice argumente encore : « Je défends des gens que je connais bien. Je n’ai pas menacé de porter plainte, et d’ailleurs je ne peux pas porter plainte en tant que garde des Sceaux. Pour le reste, vous le savez bien à Mediapart, je ne fais jamais pression sur les journalistes. »

Hasard du calendrier, cette information est publiée le même jour que le dépôt d’une plainte pour vol et recel de la part de l’administration du ministère du Travail après que Libération a publié un document révélant des pistes de réformes du Code du Travail étudiées par le gouvernement.

Le Lab Politique Europe1

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