Relations avec la presse : recadré par Édouard Philippe, François Bayrou revendique sa liberté de ton

Édouard Philippe a recadré François Bayrou, mardi. @ Patrick KOVARIK / AFP

Le Premier ministre a critiqué le ministre de la Justice, qui s’était plaint auprès de Radio France après une enquête sur des soupçons d’emplois fictifs au MoDem.

Les premières frictions au gouvernement se font jour. Édouard Philippe et François Bayrou se sont opposés par médias interposés, mardi, au sujet des relations avec la presse. Le Premier ministre a d’abord critiqué le comportement du ministre de la Justice, accusé de « pression » après s’être plaint d’une enquête journalistique auprès d’un responsable de Radio France. François Bayrou lui a répondu dans l’après-midi, revendiquant sa liberté de ton. 

  • Édouard Philippe recadre François Bayrou

L’origine de cette passe d’armes entre le Premier ministre et le ministre de la Justice remonte à la semaine dernière. François Bayrou avait appelé Jacques Monin, le directeur de l’investigation de Radio France, pour se plaindre d’une enquête de franceinfo sur des soupçons d’emplois fictifs visant les assistants parlementaires des députés européens de son parti, le MoDem. Ce coup de téléphone, perçu comme une tentative de « pression » par Jacques Monin, avait provoqué un tollé. Dominique Pradalié, la secrétaire nationale du SNJ, premier syndicat chez les journalistes, avait même évoqué une « petite affaire d’Etat ». 

Quand on est ministre, on ne peut plus réagir comme quand on est un simple citoyen

Interrogé mardi sur franceinfo, Édouard Philippe a ouvertement critiqué le comportement de son ministre de la Justice. « Le truc est assez simple : quand on est ministre, on ne peut plus réagir comme quand on est un simple citoyen », a déclaré le Premier ministre. Le ministre de la Justice avait en effet affirmé avoir appelé en tant que « citoyen », estimant que cela n’avait « rien à voir » avec sa fonction. 

Un devoir « d’exemplarité ». « Je comprends parfaitement que l’homme François Bayrou ait été agacé peut-être (…) par la façon dont les questions étaient posées, avec beaucoup de pression probablement, sur des gens qui ne s’y attendaient pas », a affirmé le chef du gouvernement, avant d’ajouter : « Il se trouve que, quand on est ministre, on n’est plus simplement un homme animé par ses passions ou sa mauvaise humeur, ou par son indignation ».

« J’ai indiqué à l’ensemble de mes ministres qu’il fallait systématiquement penser à cette question de l’exemplarité, pas seulement au titre des fonctions qu’on occupe, mais parce que justement lorsque vous êtes ministre, vos actes, vos propos, votre façon de réagir, parfaitement humaine, n’est jamais interprétée (…) comme simplement humaine, mais toujours dans le cadre de ces fonctions », a insisté Édouard Philippe. Selon le Premier ministre, le président du MoDem « a parfaitement conscience de ça ».

  • Bayrou réplique

François Bayrou a pourtant persisté, mardi après-midi, en revendiquant sa liberté de ton. « Chaque fois qu’il y aura quelque chose à dire à des Français, des responsables, qu’ils soient politiques, qu’ils soient journalistiques, qu’ils soient médiatiques, chaque fois qu’il y aura quelque chose à dire, je le dirai », a répondu François Bayrou devant la presse.

Chaque fois qu’il y aura quelque chose à dire, je le dirai

Il a assuré avoir toujours « défendu » la liberté de la presse mais, a-t-il ajouté, « il faut aussi qu’il puisse y avoir le rappel d’un certain nombre de convictions civiques que nous devons partager tous ». « Quand il y a quelque chose à dire, on le dit. On le dit simplement, on le dit sans aucune pression, mais on le dit. Pour que le dialogue civique entre journalistes et responsables et citoyens soit un dialogue franc », a-t-il insisté, semblant remettre en cause en partie les propos du Premier ministre. 

Des relations tendues entre le gouvernement et les médias. 

Depuis le début du mandat d’Emmanuel Macron, les relations entre l’exécutif et la presse se tendent, certains journalistes dénonçant des atteintes au droit d’informer. Dès le 18 mai, à l’occasion du déplacement du chef de l’Etat au Mali, l’Elysée avait tenté de choisir les journalistes qui devaient l’accompagner, s’attirant les protestations des directeurs de rédactions et d’une vingtaine de sociétés des journalistes de médias nationaux, dont celle d’Europe 1. 

Vendredi, la direction générale du Travail a déposé une plainte contre X pour vol et recel de documents à la suite de la publication dans Libération d’informations présentées comme des pistes de la future réforme du code du travail. Puis François Bayrou a été accusé de « pression » après avoir contacté l’un des directeurs de Radio France. Deux nouveaux épisodes qui ont conduit, une nouvelle fois, une vingtaine de sociétés de journalistes (dont celle d’Europe 1) à s’inquiéter pour « l’indépendances des médias » et la « protection des sources ». 

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