Législatives: le vrai visage de l’Assemblée nationale

Ce que représenteront vraiment nos élus

Quelle est la représentativité du gouvernement et des députés siégeant à  l’Assemblée nationale ?

C’est le rapport entre d’une part le nombre des voix que leurs partis ont obtenues au 1er tour des élections législatives (un total de 22.654 164) et d’autre part le nombre total des citoyens français (56 millions).

L’écart entre ces deux nombres prouve que le parlement et le gouvernement qui sortiront du deuxième tour des législatives auront un problème de représentativité.

Mais en réalité, c’est tout le système de la démocratie représentative qui est miné par l’écart entre ceux qui jouent le jeu et ceux qui ne le jouent pas, parce qu’ils estiment qu’ils ne sont pas représentés, pas défendus, pas pris en compte, qu’ils sont les citoyens oubliés ou de trop.

Une solution symbolique

Comment répondre à cette crise de représentativité du système démocratique ?

Voici un moyen symbolique de rappeler sans cesse aux gouvernants et aux élus la part du peuple qui n’est pas représentée au Parlement, ou qui l’est d’une façon disproportionnée.

C’est aussi un moyen de prouver à ce peuple absent ou minoré que les élus l’ont sans cesse devant leurs yeux.

Ce moyen consisterait à placer un tableau représentant ce que serait l’hémicycle du Parlement si ses 577 sièges étaient occupés d’une façon intégralement proportionnelle par toutes les composantes du peuple.

Les députés et les ministres auraient constamment sous les yeux la part des sièges qui reviennent aux non-inscrits ou aux mal-inscrits, puis aux abstentionnistes, puis aux votes blanc et nuls, puis, sur la partie restante  de l’hémicycle, la part proportionnelle des formations politiques qui ont recueilli des voix au 1er tour des législatives.

Ce face à face prouverait que la démocratie représentative a connaissance et conscience des limites de sa représentativité, et que la classe politique se tient pour responsable de tous les citoyens, sans oublier ceux qui ne croient pas en elle et dont elle doit reconquérir la confiance.

André Sénik
Professeur agrégé de philosophie

NDLR :

 

C’est un vieux serpent de mer du débat politique. Promise par François Hollande en 2012, l’introduction d’une dose de députés élus à la proportionnelle dans le mode de scrutin majoritaire refait surface, après la déferlante macroniste annoncée à l’Assemblée nationale. Avec 32,2% des voix, les députés La République en marche (LREM)-Modem pourraient occuper les trois-quarts des sièges du Palais Bourbon, selon les estimations de la  Sofres-onepoint. Lire ci-dessus et dans le livre de JPC, préfacé par Thierry Tassez: « Le Début d’un autre début: la  révolution citoyenne en marche ».  La vraie révolution il va  de  soi, pas la canada-dry macroniste.

 proportionnelle

«Il est utile qu’une dose de proportionnelle soit introduite à l’Assemblée nationale», a estimé ce mardi le premier ministre, Edouard Philippe, sur franceinfo. Avec le scrutin proportionnel, chaque formation politique obtient des sièges en proportion du nombre de suffrages obtenu. Si un parti recueille 8% des voix, il obtient donc 8% des sièges, dans une situation où la totalité des députés sont élus à la proportionnelle, comme c’est le cas en Israël. Ce système électoral permet donc une représentation plus fidèle de la diversité des opinions politiques.

Quelle part de députés élus à la proportionelle?

«Le président de la République s’est engagé et a considéré, je crois à juste titre, qu’il fallait corriger le mode de scrutin actuel en y introduisant une dose de proportionnelle», a poursuivi le premier ministre, en référence aux propos d’Emmanuel Macron, qui s’était dit «favorable à la proportionnelle de manière dosée pour refléter le pluralisme politique», pendant la présentation de son programme en mars. Edouard Philippe a abondé dans ce sens: «Cela permet d’ouvrir la répartition des sièges à des courants politiques qui ont du mal à franchir le cap démocratique du scrutin majoritaire».

L’incertitude subsiste en revanche quant à la part de députés qui seraient élus à la proportionnelle. «Est-ce que c’est une petite dose, une dose totale? Là, il y a un sujet», a indiqué le premier ministre. «Je ne sais pas si ce sera 10% ou si ce sera 20%, c’est quelque chose qui faut regarder dans le détail».

» Avec une dose de 10%, des équilibres peu modifiés

 proportionnelle

Si 10% des députés avaient été élus au premier tour à la proportionnelle, le visage de l’Assemblée nationale ne changerait qu’à la marge. Selon nos estimations, le groupe LREM-Modem compterait un peu moins de députés (397) que ce qui leur est promis au scrutin majoritaire (de 400 à 440). Avec 10 députés issus de leurs rangs, le Front national (FN) et Debout la France (DLF) ne parviendraient pas à former un groupe parlementaire – 15 députés sont nécessaires. À l’inverse, La France Insoumise et son allié, le PCF, seraient assurés de pouvoir constituer un groupe parlementaire, alors que les projections (de 13 à 23) ne le garantissent pas.

» Avec une dose de 20%, un groupe pour le FN à l’Assemblée

 proportionnelle

C’est une dose de 20% d’élus à la proportionnelle qui permettrait au parti de Marine Le Pen de s’organiser en un groupe parlementaire, avec les droits qui y sont associés (plus de moyens, de temps de parole, de visibilité). La majorité LREM-Modem perdrait de 65 à 25 sièges par rapport à ce qui pourrait lui échoir à l’issue du second tour (de 400 à 440), mais elle resterait hégémonique avec 374 élus. Le PS et ses alliés obtiendraient 32 élus, contre 15 à 25 députés promis au scrutin majoritaire.

» Avec la proportionnelle intégrale, le visage de l’Assemblée transfiguré

 proportionnelle

Si l’intégralité des députés avaient été élus à la proportionelle au premier tour, le FN entrerait en force au Palais Bourbon, avec 83 députés. Un nombre largement supérieur aux 35 députés obtenus par le parti lepéniste en 1986, lors de l’unique changement du mode de scrutin des législatives sous la Ve République . La France insoumise-PCF enverrait 79 députés à l’Assemblée, le PS 80 élus. LREM obtiendrait un contingent plus rétréci de représentants (186). Les Républicains (LR) constitueraient un groupe de la même ampleur (124 élus) que celui qui leur est promis (entre 95 et 132 députés) au scrutin majoritaire.

Publicités