Tout pour les musulmans, rien par les musulmans

Le credo d’Edwy Plenel

Edwy Plenel devant l’Institut du monde arabe à Paris, février 2015. 

Edwy Plenel parle des musulmans comme d’une masse compacte composée de victimes indistinctes qu’il est urgent de protéger comme une espèce zoologique menacée. On a le sentiment d’entendre Brigitte Bardot parler des bébés phoques

Mais voilà quelques années maintenant que des musulmans, et non des moindres, sont entrés en résistance. Doués de la lucidité et du courage qui manque si souvent à certains « progressistes », ils parlent. Ils s’appellent Hélé Béji, Ghaleb Bencheikh, Fehti Benslama, Abdenour Bidar, Kamel Daoud, le regretté Abdelwahhab Meddeb, Moustapha Safouan, Boualem Sansal, et bien d’autres. Ils ne forment pas un groupe, chacun parle pour lui-même, et sans doute ne sont-ils pas d’accord sur tout. Mais ils se rejoignent sur l’essentiel : la lutte contre la barbarie islamiste au péril de leur vie. Ils montrent bien plus d’indépendance d’esprit que beaucoup de donneurs de leçons. Aucun de ces noms ne figure pourtant dans Pour les musulmans, le livre d’Edwy Plenel. Pourquoi cette superbe ignorance ? Pourquoi, au lieu d’être abstraitement « pour les musulmans », ne prenons-nous pas la peine de relayer la parole des plus braves ? Pourquoi, à l’instar d’Edwy Plenel, tant d’entre nous détournent-ils les yeux de ces textes de résistance ? Ah, cette panique à l’idée d’être tenu pour islamophobe, comme elle nous ficelle…

 

André Versaille est écrivain et éditeur. André Versaille publie en ce moment un feuilleton sur le site du Monde, intitulé : « Les musulmans ne sont pas des bébés phoques »

« Ne pas laisser les musulmans à leur solitude… »

« Mon livre n’est pas un livre d’enquête sur les musulmans, déclare Plenel à Léa Salamé. C’est un livre sur nous-mêmes. Il pourrait s’appeler Pour la France ; il pourrait s’appelerPour les minorités” ». En clair, les musulmans ne sont pas le sujet de son opus, à peine en sont-ils l’objet. Et c’est précisément là que réside le problème de ce livre. On peut comprendre que par manque de temps, de capacité, par paresse même, un journaliste ne prend pas la peine de faire lui-même une enquête sur la situation de ces musulmans auxquels il a pourtant décidé de consacrer un ouvrage. Mais, au lieu de nous faire un sermon, ne pouvait-il pas au moins s’intéresser d’un peu plus près aux sujets auxquels il voue son livre ? Après tout, il existe une abondante bibliothèque dédiée à l’islam, aux musulmans et à leurs conditions. Mais non. Pour les musulmans ! Abstraitement ! Et en bloc !

 

 

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