Qui est François de Rugy, le nouveau président de l’Assemblée nationale

 

Le député, qui ne s’est jamais caché d’avoir des ambitions, parvient à 43 ans à décrocher l’un des plus hauts postes de la République : la présidence de l’Assemblée nationale.

 

Le député François de Rugy, écologiste rallié depuis plusieurs mois à Emmanuel Macron, a été désigné ce mardi par les députés LREM pour présider l’Assemblée nationale.
1. Consécration
Il n’a pas été ministre de Manuel Valls comme il l’espérait, à la différence de ses amis Emmanuelle Cosse, Jean-Vincent Placé et Barbara Pompili, les tenants de la ligne pro-Hollande qui avaient claqué comme lui la porte d’EELV. Il n’a pas non plus été promu au gouvernement d’Edouard Philippe malgré son ralliement à Emmanuel Macron au lendemain de la primaire de la gauche. François de Rugy, qui ne s’est jamais caché d’avoir des ambitions, parvient à 43 ans à décrocher l’un des plus hauts postes de la République : la présidence de l’Assemblée nationale.
Dans un livre paru à l’été 2015, il s’expliquait sur cette ambition, en des termes savoureux aujourd’hui : « Oui, je fais de la politique avec l’ambition d’exercer des responsabilités. Je n’ai pas demandé leur confiance aux électeurs pour me limiter à la distribution des bons ou mauvais points – surtout les mauvais ! – du haut de la tribune de l’Assemblée nationale. […] J’ai été élu pour mettre les mains dans le cambouis et pour tenter de peser sur les décisions, autant que faire se peut, autant que notre poids dans la société et au Parlement le permet. »
2 Rallié à Macron
« Avant qu’il soit ministre de l’Economie, je ne le connaissais pas », raconte François de Rugy. Les deux hommes prennent langue quand l’un est à Bercy et l’autre coprésident du groupe EELV à l’Assemblée. Ils gardent depuis contact : en 2015, Macron invite l’écolo à son meeting de la Mutualité mais il décline. En juillet 2016, ils se revoient. « Je repense souvent à cette rencontre », raconte Rugy.
« Emmanuel Macron avait une vision claire de ce qu’il voulait faire. Il pensait que François Hollande aurait du mal à retisser un lien avec l’opinion, et à se représenter. Je n’ai pas été surpris quand il a quitté le gouvernement. »
Nouveau rendez-vous à la veille de la non-candidature de Hollande et du début de la primaire de la gauche. Au soir du second tour et de la victoire de Hamon, Rugy reçoit un texto de Stéphane Séjourné, l’homme chargé des relations avec les élus auprès de Macron : « Tu es toujours partant pour qu’on se voie et qu’on discute ? » La rencontre scellant son ralliement à Macron a lieu mi-février 2017. Rugy assure n’avoir rien négocié :
« Je viens, je te soutiens, je ne te demande rien en retour. »
Il a juste demandé à Emmanuel Macron quelle était la pérennité de son aventure. Lorsque ce dernier lui a répondu « Je continuerai », Rugy a définitivement topé. Le 22 février, il officialise son ralliement.
3. « Girouette »
Comme Manuel Valls, François de Rugy, candidat à la primaire de la gauche, avait pris l’engagement lors des débats de soutenir le vainqueur. Mais l’ex anti-gauchiste d’EELV, opposé au revenu universel et favorable à la loi renseignement, a préféré dit-il « la cohérence à l’obéissance ». Une blague circule depuis que les députés LREM l’ont choisi ce mardi matin pour présider l’Assemblée : « Il est assez logique d’avoir mis une girouette en haut du perchoir ! »
4 .L’anti-Duflot
Pendant longtemps, l’ancien adjoint Vert aux Transports à Nantes a incarné l’aile centriste, voire droitière aux yeux de certains, au sein d’Europe Ecologie-les Verts. Il reprochait à Cécile Duflot sa ligne stratégique et n’a pas digéré sa décision de quitter le gouvernement lorsque Manuel Valls est devenu Premier ministre. Un point de rupture. Après avoir quitté EELV, il crée en octobre 2015, avec Jean-Vincent Placé, un nouveau parti : Ecologistes !. Tweet de David Cormand, patron du parti et proche de Duflot :
« L’ambition est légitime, mais futile quand elle est solitaire… Et elle fait bien mauvais ménage avec l’aigreur et l’ingratitude. »
5. « On me traite de centriste »
A ceux qui l’accusent d’opportunisme après son ralliement à Macron, Rugy répond qu’il plaide depuis longtemps pour un rapprochement avec le centre. Pas faux. Au sein d’EELV, il fait grincer des dents en 2008 en allant aux journées d’été du MoDem. A l’université de rentrée de la Grande Motte, en 2009, il ironise devant les amis de François Bayrou : « Dans mon parti, on me traite de centriste, au moins ici ce ne sera pas une insulte ! »
L’année suivante, il participe avec Marielle de Sarnez, Daniel Cohn-Bendit et Robert Hue aux journées de Dijon, où il est question de rassemblement des socialistes, écologistes et démocrates… Tous sont à En Marche ! aujourd’hui.
6. « Le drame de l’écologie » selon lui
En août 2015, le député de Loire-Atlantique publie un livre au titre explicite : « Ecologie ou gauchisme, il faut choisir » (éditions de l’Archipel) Il y dresse un sévère réquisitoire de la ligne que prend son parti. Extrait :
« Le drame de l’écologie politique est de naviguer perpétuellement entre deux écueils. Soit être une écologie donneuse de leçons prescriptive, intrusive, pour ne pas dire contraignante – celle que nous avons caricaturée nous-mêmes pendant la campagne présidentielle [avec Eva Joly en 2012, NDLR] –, soit être un appendice de la gauche, pour ne pas dire une manifestation tardive du gauchisme des années 1960-1970, imprégnée d’une doctrine économique issue d’une lecture marxiste paresseuse et mal dégrossie. Tout cela nourri au biberon de la contestation de toute autorité et de tout projet, au risque d’en oublier en route les vrais enjeux écolos du quotidien et de se perdre dans des querelles d’un appareil qui n’aurait plus d’écologie que l’enseigne. »
7. Ayrault, son modèle ?
Rugy commence sa carrière politique auprès d’un autre Nantais qui a compté à l’Assemblée, Jean-Marc Ayrault. L’écologiste a été son adjoint aux Transports à la maire de Nantes. Il faut dire qu’avec ses costumes et ses tempes grisonnantes, l’ex-étudiant à Sciences-Po avait tout du Vert bon teint et socialo-compatible et a fait partie de la génération d’élus Verts qui ont géré avec le PS de grandes municipalités depuis 2001. Rugy revendique sa « culture du compromis ».
« C’est un pragmatique, pas un dogmatique », dit de lui Ayrault qui soutient en 2007 sa première candidature à l’Assemblée. Certains vont alors jusqu’à comparer les deux élus : même style, même débuts précoces (Ayrault était maire de Saint-Herblain à 27 ans, député à 36). « Il paraît qu’il regarde ma manière de faire », s’amuse alors le maire de Nantes.
8. Egalité hommes-femmes
Alors qu’il était candidat à la primaire de la gauche, François de Rugy s’est fermement prononcé lors d’un débat en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes. Las… Son ex-compagne, la conseillère régionale des Pays-de-la-Loire ne l’a pas loupé :

— Emmanuelle Bouchaud (@ebouchaud) 19 janvier 2017
Autre raté en matière d’égalité : en pleine affaire Fillon, François de Rugy a publié les fiches de paie de ses deux collaborateurs à l’Assemblée nationale. Ainsi qu’en témoigne le hashtag #PenelopeGate, l’objectif affiché de ce message était de donner à voir à quoi ressemblait le salaire ordinaire d’un attaché parlementaire. Mais il a surtout fait une énorme bourde, dévoilant qu’il payait moins sa collaboratrice que son homologue masculin :

— Boris ???????? (@lambertbo) 30 janvier 2017
9. Famille écolo
Ses parents, profs et militants écolos de la première heure, ont transmis le virus à leurs trois enfants. L’aînée, Anne, a été élue Verte dans le 11e arrondissement à Paris, chargée des Transports. François, lui, a fait Sciences-Po Paris, milité à Génération écologie et décroché son premier boulot à l’Assemblée comme secrétaire général adjoint – « homme à tout faire » – du groupe parlementaire regroupant Verts, chevènementistes et radicaux du temps de la gauche plurielle jospinienne.
10. Joly plutôt que Hulot
Au sommet de l’Etat Macron, il retrouve aujourd’hui Nicolas Hulot, ministre d’Etat. A l’époque, lors de la primaire au sein d’EELV pour désigner un candidat à la présidentielle en 2012, Rugy avait pourtant fait le choix d’Eva Joly. Il dira par la suite s’être « trompé ».

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