Les secrets d’un couple

Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, et Édouard Philippe, sur les chantiers navals STX à Saint-Nazaire, le 1er février 2016. PHOTO AFP

L’exécutif a toujours été un drôle de couple. Parfois explosif, souvenez-vous de Mitterrand-Rocard. Parfois insipide, à l’image du tandem formé par François Hollande et Jean-Marc Ayrault. Le binôme actuel a trouvé un mode de fonctionnement extrêmement rapide. Le Premier ministre conduit la politique de la nation. Le président donne les orientations. La limite n’est pas toujours très nette.

« Vous imaginez Pompidou dire au général de Gaulle : «ici, c’est moi le patron»  ? »

Elle pourrait apparaître plus clairement avec le discours d’Emmanuel Macron aujourd’hui et d’Édouard Philippe demain. L’enchaînement peut laisser croire que le président entend écraser ses ministres de toute sa puissance élyséenne. Le chef du gouvernement devient à peine un collaborateur, tout juste une doublure bonne à transmettre la parole dans les chambres législatives.

Le Premier ministre, pourtant, n’en prend pas ombrage. «  Vous imaginez Pompidou dire au général de Gaulle : «ici, c’est moi le patron»  ?  », souligne son entourage. Et de rappeler que Mitterrand a adressé à l’Assemblée un message écrit – seul usage possible à l’époque – le matin même de la déclaration de politique générale de Pierre Mauroy en 1981. «  Mes engagements sont devenus la charte de votre action législative  », assénait alors le nouveau président socialiste.

L’ambition du Premier ministre

Là est le secret d’un couple sans nuage : Philippe ne prétend à rien d’autre qu’à son poste actuel. Le suffrage universel confère toute sa puissance à Emmanuel Macron. Les députés, en grande partie élus sur leur étiquette, doivent leur victoire au président. Entre les deux légitimités, le Premier ministre est nommé par une audace du chef de l’État et sa volonté de chambouler la droite. Macron veut rayonner. Philippe aime avancer entre ombre et lumière. Ces deux hommes, qui se connaissaient peu avant la présidentielle, étaient programmés pour former un tandem.

Par Matthieu Verrier , La Voix du Nord

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