Avion : peur du Gaz de couche

Nous publions ci-dessous l’enquête menée par Frédéric GUILLOUT, de l’Avenir de l’Artois, le 17 mai 2017, sur l’éventuelle exploitation du gaz de couche dans le bassin minier. Une fois encore le vielle adage se confirme :  il n’y a pas de fumée sans feu.

L’idée d’exploiter du gaz de couche refait surface. Mais qu’en est-il vraiment ?

Fantasmes et réalités alimentent les récurrents débats et les fréquentes rumeurs autour de l’exploitation du gaz de couche dans le bassin minier. Les clans des anti et des pro avancent leurs arguments : explosion, pollution ou encore désertification de la flore d’un côté. Création d’emplois, respect de l’environnement et valorisation du territoire de l’autre. Difficile de ne pas perdre son latin dans ce labyrinthe de thèses contradictoires. Et surtout, compliqué également de comprendre la technicité qui entoure ce milieu de l’exploitation minière. Un appel reçu dernièrement à notre rédaction a mis le feu aux poudres de notre curiosité : une campagne de forage se préparerait dans un silence complice de certaines municipalités, intéressées par des retombées économiques. Alors, nous avons creusé l’affaire.

En deux clics, nous trouvons le collectif régional « Houille Ouille Ouille » : les membres n’ont aucune information sur cette prétendue campagne de forage. En un mot, ils n’en ont jamais entendu parler. Seulement, très actifs et très vigilants sur ce dossier et ses enjeux, ils précisent : « Des forages doivent être effectués, mais pas avant 2 ou 3 ans nous a-t-on dit ». Puis, de nous conseiller un interlocuteur : Jean-François Caron, maire de Loos-en-Gohelle sous l’étiquette écologiste, et fervent défenseur investi dans la cause environnementale. Peu à peu, les galeries de la mine s’éclaircissent…

Des lobbies organisés avec la classe politique

Effectivement, le conseil nous a aidé à y voir plus clair… « Je n’ai aucune info à ce sujet, mais je n’en serais pas étonné », nous répond Jean-François Caron. Alors, pourquoi ce mystère autour de ce gaz de couche ?

« Depuis des années maintenant, des lobbies extrêmement organisés avec une partie de la classe politique travaillent pour permettre ces forages. »

Mais alors, pourquoi autant de craintes, si certains politiques estiment que ce type d’exploitation ne représente aucun danger ? « Un forage occasionne naturellement des conséquences sur les sols. Comment garantir qu’il n’y aura aucun impact sur les riverains, ou sur le coût de l’immobilier ? » Et d’analyser :

« Les pro forage jouent sur une ambiguïté : on récupère le gaz de mine, et c’est très bien puisque c’est un gaz fatal qui se crée de manière naturelle. Mais sous ce prétexte, ils disent : Tant qu’à faire, lançons des forages de gaz de couche, nous verrons bien… »

Permis d’exploitation

Dernière étape de notre enquête : au cœur de la société qui détient le permis d’exploitation, Gazonor, basée à Avion, et bête noire des anti forage. Là, au milieu d’un ensemble de tuyauteries impressionnantes, la question d’une éventuelle campagne de forage ne surprend pas : « Oui, nous savons qu’un certain nombre de rumeurs naissent régulièrement à ce sujet. Gazonor ne communiquait pas suffisamment auparavant, alors les gens s’interrogent», nous dit Yann Fouant, chef de projet pour Française d’Énergie, la société qui a racheté Gazonor en juin 2016. Une société qui pratique des forages de veines de charbon à Forbach, en Lorraine. Toutefois, ici, le discours est affirmatif : « Nous ne prévoyons aucune activité de forage dans le Nord-Pas-de-Calais. ». Cela suffira-t-il à faire taire les rumeurs ? Rien n’est moins sûr.

Frédéric GUILLOUT, Avenir de l’Artois

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