Les chers proches de Cambadélis au PS

Ci-dessous un article de Christophe Gueugneau, publié le 6 août 2017, dans Médiapart. On y découvre  d’étranges  mutants socialistes, mélange iconoclaste de militants-mercenaires-élus et surtout ces  petites  filiales aux sein de l’entreprise PS, où on s’en met plein les poches.

Des  oligarques qui ont pourri le parti socialiste et trahi les idéaux de Jean Jaurès. Ce sont ces comportements dont les partis de gauche n’ont pas  le monopole, qui ont contribué au divorce entre les citoyens et leurs représentants. Des  professionnels de la politiques qui ont trouvé leur salut dans une nouvelle offre politique  » le macronisme » qui n’est que le maintien du système précédent mais tous ensemble( au-delà du clivage droite-gauche, qui n’était qu’un habile habillage pour nos professionnels de la politique pour se partager le gâteau).

Premier secrétaire socialiste depuis avril 2014, Jean-Christophe Cambadélis a constitué un noyau de proches pour diriger Solférino. Avec des salaires qui font grincer en interne pour un parti se disant de gauche.

 Cʼest la blague qui circule à Solférino. Au lendemain du premier tour de la présidentielle, le PS a produit un tract figurant un photomontage du portrait officiel dʼune Marine Le Pen présidente de la République, barré dʼun grand « ça jamais ». Quarante-huit heures plus tard, lʼidée du tract, moqué sur les réseaux sociaux, était abandonnée. « Ce quʼils nʼavaient pas compris, cʼest que le “ça jamais”, cʼétait une indication pour dire quʼil ne fallait surtout pas lʼenvoyer à lʼimprimerie », sourit un salarié. Mais la blague tourne court quand le même ajoute : « Personne nʼétait au courant de ce truc à Solfé. » Lʼidée vient en effet de lʼagence Opérationnelle, avec qui travaille le PS, de Karine Gautreau, la directrice de communication, et plus généralement du cabinet du premier secrétaire.

Pour anecdotique que soit cet épisode, il dit beaucoup de la gestion Cambadélis. Nous avons raconté lors de notre précédent épisode comment le climat social sʼétait dégradé depuis lʼarrivée du premier secrétaire du PS, en avril 2014. Un autre aspect de sa gestion a également pesé : une fois chef de Solférino, « Camba » a mis en place un cercle de proches avec lesquels il a travaillé quasi exclusivement. Cʼest un groupe qui se connaît depuis des années, du Manifeste contre le Front national au Mouvement des jeunes socialistes (MJS) en passant par lʼUnef-ID. Cʼest notamment le cas de Karine Gautreau (directrice de la communication après avoir été cheffe de cabinet), Maxime des Gayets (directeur de cabinet parti ces dernières semaines) ou de Pierre Kanuty (conseiller diplomatique du premier secrétaire). Au PS, ils ont la réputation de former un petit groupe extrêmement soudé. Ils sont aussi extrêmement bien payés, selon nos informations.

Avant son départ prévu fin août, Maxime des Gayets était le salarié le mieux payé de Solférino, avec un salaire brut de plus de 10 100 euros par mois (en incluant prime dʼancienneté et « prime de responsabilité »). Adjoint au maire du 2e arrondissement de Paris, et élu au conseil régional dʼÎle-de-France, il peut également compter sur deux indemnités, de respectivement 1 540 et 2 660 euros. Un total de plus de 13 200 euros.

Nommé directeur de cabinet en juin 2015 après avoir été directeur de cabinet adjoint, des Gayets a remplacé à ce poste Maurice Braud, arrivé sous Harlem Désir. Mais Maurice Braud, sʼil a bien quitté son poste de dirʼ cabʼ, nʼen a pas moins gardé son salaire jusquʼen avril 2017, selon notre enquête. Il touchait jusquʼà cette date le même salaire que son successeur (éventuellement sans les primes), quand bien même il était passé secrétaire national à lʼinternational, à lʼimmigration et au développement. Un poste pourtant bénévole. « Ce bénévolat n’est pas gravé dans le marbre », balaie Frédéric Bonnot, secrétaire général administratif, interrogé par Mediapart. Il justifie ce traitement de faveur par le fait que Braud a déjà été salarié, par le passé, du PS et qu’il pilotait un vaste secteur – l’international – avec son secrétariat national.

Autre proche de Cambadélis, Karine Gautreau, directrice de la communication (depuis décembre 2015) après avoir été cheffe de cabinet, est souvent présentée comme lʼ« éminence grise » de Cambadélis (Le Figaro du 11/02/2016). Elle était son assistante parlementaire dans les années 1990, au moment du Manifeste contre le Front national. Elle fut aussi responsable du courant « Camba » au sein du syndicat étudiant Unef-ID. Pour diriger la communication du PS, Karine Gautreau perçoit plus de 7 600 euros brut. Mais elle est également adjointe au maire du 19e arrondissement (1 500 euros brut par mois dʼindemnité). Celle-ci insiste auprès de Mediapart : « Je ne me suis jamais fait de blé sur qui que ce soit en politique. » Elle enchaîne :

« Je suis moins payée que Florence Bonetti, mon prédécesseur, alors quʼelle nʼavait que la com’ et moi jʼai la com’ et la presse. À l’époque tout le monde se gavait, j’aurais pu demander ma part. » « Je pense que nous avons tous des salaires trop élevés », finit-elle par trancher.

Or Karine Gautreau était également l’une des attachées parlementaires de Cambadélis député, à raison de quelques heures par mois et pour 700 euros. On retrouve aussi son nom au générique dʼun documentaire « Mémoire comme une », en tant que scénariste. Petite particularité, ce documentaire a été financé en partie par la réserve parlementaire de Cambadélis, pour 60 000 euros, en 2016 (voir ici ce que Cambadélis en dit sur son blog). Gautreau a également assuré la communication de Jean-Christophe Cambadélis pendant la campagne législative. « On a calculé le nombre dʼheures que j’avais données sur la campagne. On lʼa inscrit en don en nature dans le compte de campagne », précise celle-ci.

Proche de Karine Gautreau (elles animent toutes deux le blog Comme des reines), Jessica Masson, attachée de presse du premier secrétaire, était également son attachée parlementaire. Quelques centaines d’euros venaient donc jusque récemment s’ajouter chaque mois à son salaire de près de 4 000 euros brut versés par Solférino. Le suivi de lʼactivité parlementaire de Jean-Christophe Cambadélis par le site nosdeputes.fr montre pourtant que ses cinq attachés parlementaires ne devaient pas être débordés outre mesure, a fortiori après l’arrivée de celui-ci à la tête du PS.

Autre proche, Pierre Kanuty, conseiller diplomatique du premier secrétaire, émarge lui à plus de 4 300 euros brut par mois. Il peut ajouter à ce salaire son indemnité en tant que conseiller régional dʼÎle-de-France (2 660 euros).

Citons également Frédéric Bonnot, arrivé à Solférino après un passage par la mutuelle étudiante LMDE, historiquement proche du PS. Occupant le plus haut poste administratif de Solférino – il cumulait jusquʼen janvier dernier le poste de DRH –, Bonnot touche plus de 9 100 euros par mois. Son prédécesseur percevait 2 000 euros de moins.

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Anne-Marie Delbe, Responsable communication.

Ces salaires ne choquent pas en soi les salariés que nous avons interrogés, même si la plupart juge un peu disproportionné de retrouver des niveaux de rémunération d’une entreprise du secteur privé au sein dʼun parti politique « de gauche ». Mais cela s’ajoute à des choix budgétaires pour le moins incompris, a fortiori après la défaite aux législatives, puisque le parti va passer de 24,8 millions dʼeuros par an de financements publics à entre 6 et 6,5 millions, selon le résultat des élections sénatoriales à venir en septembre.

De nombreux permanents s’interrogent par exemple sur le choix de sous-traiter une partie de lʼactivité de communication à la société d’un proche de Cambadélis. À la tête de lʼagence de communication Opérationnelle, Gérard Obadia était, comme Cambadélis, membre de lʼorganisation dʼextrême gauche OCI. Et comme Cambadélis, son nom est associé au scandale de la Mnef, même s’il a bénéficié d’un non-lieu. C’est Opérationnelle qui s’est notamment occupée de réaliser la nouvelle version du site (développée sur la plate-forme gratuite WordPress). Tout comme le site du référendum du PS (pour l’union de la gauche avant les régionales), celui de la social-écologie (à lʼoccasion de la COP21) ou encore celui de la Belle Alliance populaire (la BAP). De leurs côtés, certains services de Solférino ont souvent l’impression de devenir des prestataires du prestataire Opérationnelle.

Un autre fait reste dans les mémoires de Solférino. À une semaine du premier tour de la présidentielle, une AG agitée sʼest tenue au siège du parti. À son issue, des salariés décident de demander directement des comptes à Jean-Christophe Cambadélis, mais celui-ci nʼest pas là. Ils se rabattent sur Maxime des Gayets, directeur de cabinet, absent lui aussi. Ils finissent par se rendre au bureau de Frédéric Bonnot mais celui-ci s’est absenté pour des raisons familiales… À une semaine du premier tour, les plus hauts dirigeants du PS étaient donc tous dans la nature. En mai 2015, dans un article de LʼObs qui avait fait grand bruit en interne, Jean Christophe Cambadélis estimait que « tous les permanents ne sont pas au maximum de leur capacité de travail ». Gageons quʼil ne pensait pas à ses proches.

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