Nicolas Hulot est un loup pour le loup

Il y a quelques jours, Brigitte Bardot, écœurée qu’il n’y ait aucun moratoire sur la chasse, particulièrement dans les régions incendiées, traitait dans Var-Matin Nicolas Hulot de « vendu » et de « lâche ». Sans doute le nouveau ministre de l’Ecologie s’est-il posé le problème en termes néo-staliniens : « Bardot, combien de divisions ? Le lobby des chasseurs, par contre… »

Ce samedi 5 août, elle récidive dans les colonnes de la Provence. Interviewée par Franz-Olivier Giesbert après la décision de Nicolas Hulot de faire abattre quarante loups pour plaire cette fois au lobby des éleveurs, elle lâche : « J’avais de bonnes relations avec Hulot : dans le passé, ma Fondation a travaillé avec lui. Mais je ne l’aurais jamais cru capable de ça. Quel cynisme ! Il a suffi qu’il soit nommé ministre pour qu’il change, c’est le cas de le dire, son fusil d’épaule. Je n’ai plus aucune confiance en lui alors qu’il m’inspirait une confiance quand il est entré au gouvernement. Il m’a tué quelque part… » Et d’ajouter, in fine : « Quand ce connard (je rétablis le mot dont la Provence n’a conservé que l’initiale) de Hulot a décidé de tuer les quarante loups, j’ai pleuré pendant une nuit entière. »
Evitons de faire pleurer les vieilles dames — c’est bien assez de faire pleurer les jeunes.Capture d’écran 2017-08-05 à 08.26.12

Et raisonnons un peu.
Quarante loups, c’est près de 15% des loups français, selon les dernières estimations. Il y a aujourd’hui un peu moins de 350 loups pour 550 000 km2. Un risque inacceptable, selon le ministre.
Le plus drôle, c’est que ni les Italiens ni les Espagnols, qui nous ont galamment prêté quelques-uns de leurs Canis lupus lupus, n’ont de problèmes avec les soi-disant attaques de loups (qui ne sont la plupart du temps, dès qu’il s’agit de massacres d’envergure, que des attaques de chiens errants : le loup est un prédateur intelligent qui se saisit d’une bête qui traîne et sait s’en contenter, timide et discret comme il est). Peut-être parce que leurs bergers gardent leurs bêtes, au lieu de les envoyer errer dans la montagne — ce qui est, en France, le fait de gros éleveurs propriétaires de très gros troupeaux. Et qu’ils sont secondés par des patous — indifféremment des Bergers des Pyrénées ou des Bergers de Maremme des Abruzzes) qui sont des chiens particulièrement dissuasifs, et dont il faut absolument se tenir à distance : ce sont de fausses peluches et de vrais carnassiers.Capture d’écran 2017-08-05 à 13.51.32Ah oui, mais en France le lobby des randonneurs s’était fendu, il y a deux ans, d’une pétition adressée à Ségolène Royal demandant à ce que les patous soient « sociabilisés ». Et d’autres veulent que l’on abandonne la montagne aux randonneurs, et que l’on supprime également bergers, troupeaux et chiens. Heureusement que de vrais spécialistes de la randonnée donnent, pendant ce temps, des conseils intelligents. Nous voulons bien la montagne, pourvu qu’elle ressemble au boulevard Saint-Germain.

Le loup a été éradiqué au XIXème siècle pour des raisons superstitieuses — on leur mettait sur le dos toutes les disparitions de Chaperons rouges, alors que nous savons bien, nous, que c’était Michel Galabru. C’est une espèce protégée que le ministre a décidé de faire abattre. Une espèce qui a été au bord de l’extinction totale, et qui la frisera à nouveau.

Pendant longtemps, Hulot, pour le cinéphile que je suis, c’était ça :Capture d’écran 2017-08-05 à 09.33.40Et comme je n’ai pas la télévision, je n’ai pas réalisé que désormais, c’était ça :Capture d’écran 2017-08-05 à 10.38.43Et avec ça, les droits dérivés des divers produits commercialisés via TF1, sans compter ce qui lui vient via sa Fondation (désormais — depuis juin — dirigée par Audrey Pulvar) et la société Eole Conseil qui la chapeaute. Le Canard enchaîné en a fait récemment ses choux gras. Pas de quoi embarrasser un gouvernement qui a viré Bayrou ou Sarnez sur des soupçons, mais tolère sans problème Hulot ou Pénicaud. L’exigence de vertu s’arrête à la frontière des intérêts bien compris.

Peut-être le bon Monsieur Hulot devrait-il, au lieu de rétablir la charge de Lieutenant de Louveterie, faire interdire tous les perturbateurs endocriniens connus — il y en a à ce jour près de 100 000, dont les effets — entre autres sur la reproduction — sont désastreux. Mais bon, rien qu’à l’idée de toutes ces multi-nationales obligées pour un temps de rogner sur leurs marges ; à l’idée aussi de ces hypermarchés débarrassant leurs rayons des trois-quarts de leurs produits — mon cœur se serre. Celui de Nicolas Hulot aussi, manifestement : c’est grâce au revirement de la France et de son ministère que l’Union européenne s’est pliée aux diktats allemands et adopté une définition desdits perturbateurs la moins contraignante possible — c’était le mois dernier.8d05901_9403-7gtdra.3xsto9lik9Manifestement, les loups et les brebis, c’était plus important.

Jean-Paul Brighelli

PS. Je ne veux pas avoir l’air de tout savoir sur tout. Ma connaissance des mœurs du loup, je la dois à mon ami Henry Ausloos, photographe animalier professionnel, qui a passé des jours et des jours, en plein hiver, à attendre dans un igloo de fortune que quelques loups américains veuillent bien passer devant lui, à Yellowstone, afin d’en tirer quelques clichés qui pour une fois n’auront pas été pris en douce derrière les grilles d’un zoo. Mais qui a aussi photographié des loups bien de chez nous. Qui ne l’ont pas mangé, ça alors !Capture d’écran 2017-08-05 à 14.03.44

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