Emmanuel Macron, une opportunité unique pour stopper le déclin français

Le déclin français est réel, les chiffres sont implacables. Paradoxalement, 2017 est l’année du plus bas mais aussi de la meilleure opportunité depuis des décennies.

 

La politique peut avoir des effets catastrophiques sur l’économie. L’affirmation est banale et les exemples fourmillent. L’Espagne de Franco reste un pays pauvre jusqu’aux années 1970. De même pour le Portugal de Salazar. L’URSS, qui prétendait dépasser les États-Unis après la seconde guerre mondiale, décline progressivement jusqu’à sa chute en 1990. Le Venezuela, qui dispose de gigantesques ressources pétrolières, est totalement entravé par le facteur politique. L’autoritarisme et le totalitarisme tuent les initiatives et amènent la pauvreté.

La France représente aujourd’hui un exemple intéressant à cet égard. Elle n’a pas abandonné la démocratie, mais sa situation politique produit des blocages empêchant toute évolution positive. Deux indicateurs doivent inquiéter : le PIB par habitant diminue, les exportations se contractent. Nous sommes donc, en moyenne, individuellement plus pauvres parce que le pays n’est pas compétitif. Les graphiques suivants résument la situation de la France.

LES FRANÇAIS S’APPAUVRISSENT

La France ne s’est pas remise de la crise de 2007-2008. C’est à partir de cette époque que le PIB par habitant commence à diminuer, même si le PIB global continue à croître modestement (sauf en 2009). L’augmentation du  nombre d’habitants et le manque de dynamisme économique conduisent à une diminution du niveau de vie moyen.

 

La France décroche par rapport aux pays riches

 La richesse par habitant augmente rapidement dans les pays de l’OCDE (35 pays développés), moins dans ceux de la zone euro (19 pays de l’Union européenne).  La France est à la traîne. Il y a donc une spécificité française. Le pays ne parvient pas à suivre les évolutions des autres pays riches.

LES PRODUITS FRANÇAIS SONT MOINS ATTRACTIFS

Le constat précédent est corroboré par la dégradation constante de la balance commerciale. La France peine à s’insérer dans la compétition mondiale. Le graphique suivant illustre le peu d’attractivité internationale des productions françaises.

 Depuis 2000, la part des exportations françaises dans celles de la zone euro ne cesse de se réduire. Le poids de l’industrie française dans la zone euro a diminué. En 2016, pour la première fois, la balance des échanges de services est également déficitaire.

LES BLOCAGES POLITIQUES

Les entrepreneurs et les salariés français seraient-ils inférieurs aux autres ? Bien évidemment, non. Leur capacité d’initiative existe tout autant qu’ailleurs, leur formation est bonne, les infrastructures du pays n’ont rien à envier à celles des principaux concurrents. Mais le pays est confronté depuis des lustres à un jeu politique malsain conduisant à l’inertie. Sous la Ve République, la gauche et la droite alternent au pouvoir depuis 1981. La gauche (Mitterrand, Jospin, Hollande) concocte toujours des réformes démagogiques et sclérosantes en utilisant le prétexte de la justice sociale. C’est ainsi qu’elle conquiert le pouvoir. Ses réformes les plus emblématiques ont été, au cours des dernières décennies, la retraite à 60 ans pour tous et les 35 heures hebdomadaires de travail. Mais il s’agit aussi de deux erreurs historiques majeures. L’augmentation considérable de l’espérance de vie et la faible croissance économique interdisaient de toute évidence d’abaisser l’âge de la retraite. La nécessité pour les entreprises de s’adapter individuellement à la compétition internationale en période de globalisation économique ne permettait pas de réglementer le temps de travail uniformément et de façon rigide.

 

LES INCANTATIONS DE LA DROITE

La droite française n’est pas réputée pour son libéralisme économique. Elle veut un État fort, selon la tradition historique du pays. Lorsqu’elle conquiert le pouvoir, les incantations libérales se multiplient, mais lorsqu’elle l’exerce, sa nature étatiste revient au galop. Il faut mettre à son actif plusieurs réformes des retraites difficiles à réaliser politiquement, mais personne n’a osé toucher au tabou des 35 heures. Il n’est pas absurde de se demander si la droite au pouvoir ne pousse pas un soupir de soulagement en voyant la gauche défiler dans les rues pour s’opposer aux réformes nécessaires.

Ce petit jeu dure depuis 1981, date d’accession au pouvoir de Mitterrand. Les réformes à contre-courant et l’immobilisme politique ont produit la sclérose. Prendre des initiatives économiques relève du parcours administratif du combattant, gagner de l’argent équivaut à devenir un suspect en puissance. La douce France s’est coulée dans un modèle kafkaïen.

MACRON ET LES MARCHEURS, UNE CHANCE

L’accession au pouvoir d’Emmanuel Macron modifie radicalement la situation politique. C’est un préalable nécessaire pour stopper le déclin économique français. Les blocages de la gauche, tacitement acceptés par la droite, ne sont plus de mise. L’opposition socialiste est réduite à néant. L’opposition de droite, totalement divisée, ne peut décemment pas s’opposer aux réformes qu’elle n’a pas eu le courage de faire. L’aura de Marine Le Pen est ternie et la stratégie du Front National reste incertaine. La France Insoumise fait figure d’opposition parlementaire, mais n’a que 17 députés. Elle ne pèse pas lourd. Les discours vengeurs et les effets de manche de Jean-Luc Mélenchon, qui excelle dans le genre, ne sont que du théâtre politicien.

La France dispose donc d’une opportunité politique historique pour se réformer et interrompre sa course suicidaire à la pauvreté, cause première de sa morosité. Il faudra deux quinquennats pour remettre le pays en ordre de marche après 35 ans de gabegie. Mais une telle chance ne se reproduira pas avant longtemps. Ne perdons pas de vue l’essentiel.

Par Patrick Aulnas, Contrepoint

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