Les élus de Calais vont assurer la sécurité aux abord des écoles

Vingt-cinq élus et employés municipaux ont été formés vendredi, à Calais-Nord. PHOTO JEAN-PIERRE

 

Ce lundi matin, vous allez peut-être croiser la maire, des adjoints ou d’autres élus affublés d’un gilet jaune et d’un panneau « stop » dans la main , en train de vous faire traverser la rue. Une opération de sécurité publique couplée à un message médiatico-politique visant à mettre en avant l’arrêt du soutien de l’État dans les contrats aidés, dont ceux qui devaient assurer la sécurité près des écoles.

« Faire les bons gestes, rester poli… »

Les élus et quelques employés municipaux, ont reçu jeudi et vendredi une formation express, sur les bonnes méthodes à appliquer pour assurer la sécurité des enfants près des écoles. Les conseils ont été donnés par Laurent Delabie, de la police municipale. Une session express d’une heure, quand celle-ci s’effectue traditionnellement en une demi-journée.

Les volontaires ont revêtu les chasubles jaunes fluorescentes, «  pour être vu de loin  », note le policier. Derrière la Halle, ils se sont exercés sur un passage piéton, à la grande surprise des passants et des automobilistes. « Vous devez assurer la sécurité des enfants, de leurs accompagnants, mais aussi la vôtre. Vous devez faire les bons gestes, et aussi rester poli et courtois  », prévient Laurent Delabie.

Les élus sont repartis avec leur équipement sous le bras, prêts pour la rentrée des classes.

«  Cette formation n’est pas un amusement, lundi nous devrons être concentrés  », précise la maire qui sera présente ce lundi matin devant l’école Mouchotte (Beau-Marais). Elle ajoute : « Oui, il s’agit aussi d’une opération de communication. Le gouvernement ne mesure pas les conséquences de sa décision. Sans cette formation, nous n’aurions pas ouvert nos écoles  ». Dès jeudi, ce sont des employés territoriaux qui prendront la place des élus. Pour une période d’environ un mois. Et ensuite ? «  Nous pensons faire appel à des associations d’insertion. Voir si elles ont l’agrément sécurité. On pourrait leur déléguer cette mission  », termine Natacha Bouchart.

Suite à une rencontre, vendredi, entre le président de l’Association des maires de France, François Baroin, et le ministre de l’Éducation nationale, Natacha Bouchart a indiqué qu’elle contacterait la préfecture ce lundi afin de sauver ces contrats aidées. Le ministre se serait en effet engagé « à règler les situations dans les communes qui auraient des soucis à maintenir les services pour la rentrée ».

À l’origine de la grogne : le gouvernement mise sur la formation plutôt que des contrats aidés

Le gouvernement a décidé, mi-août, de baisser le nombre de contrats aidés. De 459 000 en 2016, il est passé à 320 000 en 2017. Il devrait encore être réduit en 2018. Selon la ministre du Travail Muriel Péricaud, il s’agit «  d’emplois précaires, à temps partiel et inefficaces dans le retour à l’emploi  ». La préfecture du Pas-de-Calais évoque «  une surconsommation des crédits au premier semestre. Et   pour créer un emploi, il faut financer sept emplois aidés  ». Le gouvernement préfère consacrer 15 milliards d’euros sur cinq ans dans des formations longue durée, «  afin de favoriser l’emploi durable  » dixit la ministre. Un plan de compétences et de formation sera lancé à l’automne. Le gouvernement précise «  qu’on ne va pas supprimer ces contrats aidés, on va les cibler vers des personnes les plus éloignées de l’emploi  ». Selon la préfecture, les contrats seront répartis dans les secteurs suivants : Éducation nationale, Outre-mer et l’urgence en matière sociale et de santé.

Manifestation à Calais contre la fin des contrats aidés.

La Ville de Calais emploie 26 personnes en contrats aidés pour assurer les missions de sécurité à la sortie de 24 écoles. Ces personnes perçoivent une rémunération de 845 € brut, dont environ 75 % sont à la charge de l’État. Ils bénéficient également d’une formation. 26 Calaisiens ont été choisis par la Ville en juin, après un passage devant un jury. Problème : n’ayant pas l’assurance que ce dispositif sera reconduit, la Ville ne peut signer ces contrats d’une durée d’un an.

L’opposition municipale dénonce un coup politique de Natacha Bouchart

La maire avait lancé l’invitation à tous les élus, y compris ceux de l’opposition municipale. Hormis Laurent Roussel ( lire ci-dessous ), aucun n’a répondu présent. «  Je suis déçue. Si je ne les avais pas associés, ils auraient râlé. Là on parle de sécurité des écoles, des enfants. La politique, c’est aussi s’occuper de ça  », note-t-elle.

« La maire doit faire des choix politiques »

L’ancien député Yann Capet (PS) ne pouvait être présent «  pour raisons professionnelles  ». Il explique que la fin des contrats aidés «  est une décision catastrophique. Certes, ce n’est pas la panacée mais cela répond à des besoins réels. C’est vrai pour la sécurité des écoles, mais aussi dans le monde associatif.  » Il ne partage pas l’idée de la maire d’inviter les élus à assurer la sécurité : «  Elle doit faire des choix politiques. Je lui demande de maintenir cette mission et s’il faut réduire la voilure à un autre endroit, il faut le faire. Mais surtout ne pas faire de la politique politicienne.  »

L’ancien maire Jacky Hénin (PCF) estime que la mesure gouvernementale est «  un mauvais coup de plus, qui va enlever des moyens à l’insertion, aux associations, aux collectivités, même si je suis d’accord pour que l’on discute de leur finalité, car il y a eu des abus dans leur usage, notamment d’ailleurs de la part de l’Éducation natio nale. À Calais, il faut se souvenir qu’on a fait appel aux contrats aidés aux sorties des écoles parce que cette mission ne pouvait plus être assumée par la police nationale, qui voyait fondre ses effectifs. Et à l’époque, la police municipale n’existait pas, ou très peu. Aujourd’hui, j’ai du mal à croire que la maire de Calais ne peut pas trouver dans les rangs de la police municipale ou plus globalement dans les effectifs de la Ville des agents qui sécuriseraient les abords des écoles. Donc je pense que cette opération, c’est du cinéma. Et tant qu’à faire, qu’elle mette en première ligne les élus de sa majorité qui ont appelé à voter Macron, les Cambraye, Ducloy ou Grenat.  »

Dans un communiqué, Pascal Marié (Parti de gauche) explique que « malheureusement, mon emploi du temps et mes convictions personnelles ne me permettront pas d’être présent. Madame le maire (…) rejette la faute de cette perte d’emplois sur le gouvernement fraîchement élu. La vindicte de la maire n’a d’égal que son silence et son inaction passés…  » Christophe Duffy (Europe Écologie – Les Verts) souligne « entendre le coup de gueule de la maire par rapport à l’État, dont je regrette le manque de lisibilité  ». Par contre, il ne souhaite pas s’associer «  à une mobilisation qui est une stratégie de communication politique que je ne partage pas. Et j’ai du mal à croire qu’elle ne puisse pas trouver, sur les 1 500 agents municipaux, des personnes pour assurer cette mission, pendant deux fois deux heures…  »

« Que font les élus REM ? »

Philippe Blet (Front démocrate écologique et social) estime que la décision du gouvernement est «  une absurdité. Ces emplois, c’était l’école de la seconde chance, un outil d’insertion  ». Sur l’idée de la maire de Calais, l’ancien président de l’agglomération se montre plus vindicatif : «  Dans sa majorité, elle possède des membres de la République en marche (REM), non ? À eux de faire le travail.  » Enfin, tout juste rentrée de vacances, Françoise Vernalde (FN) n’a pas eu connaissance de l’invitation majorale. Si elle «  regrette la décision de l’État sur les contrats aidés  », elle ne considère pas que c’est le rôle des élus d’assurer la sécurité. «  De mon temps, les parents venaient chercher les enfants  », dit-elle.

Caroline Matrat (République en marche) : « Jusqu’où ira la maire ? »

Élue de l’opposition, la conseillère départementale Caroline Matrat est membre de la République en marche du président Emmanuel Macron. Elle ne sera pas présente demain et mardi devant les écoles calaisiennes. «  J’ai fait savoir à la maire qu’en raison de mes activités professionnelles, je ne pouvais pas être disponible  », lance-t-elle. Mais elle trouve le positionnement de la maire de Calais «  très démagogique, voire indigne pour la responsable d’une ville de 75 000 habitants  ». Caroline Matrat explique que la décision de baisser le nombre de contrats aidés «  était préconisé par le précédent gouvernement. La Ville devait anticiper. Mais comme d’habitude, on préfère utiliser la polémique. Je le regrette. Jusqu’où ira-t-elle dans la démagogie ?  » Plus généralement, la conseillère d’opposition ne voit pas dans les contrats aidés «  une solution contre le chômage. Les gens préfèrent des solutions pérennes. Un contrat aidé, c’est une bouffée d’air pour un ou deux ans mais après ? La réflexion doit porter sur la formation de ces personnes ».

Laurent Roussel met ses convictions politiques « de côté »

Laurent Roussel (Parti de gauche progressiste de Calais) est le seul conseiller d’opposition à suivre la maire de Calais. Il a décidé de « mets mes convictions politiques hors de tout ça. À un moment, il faut savoir être solidaire, c’est normal. Notre rôle est aussi celui de protéger la population  », explique Laurent Roussel, conseiller municipal d’opposition (Parti de gauche progressiste de Calais). Il sera ainsi présent mardi matin, rue Mollien, dès 8 h 30. «  J’ai fait en fonction de mes disponibilités professionnelles  », note-t-il. Le commerçant du Petit-Courgain veut apporter son soutien aux 26 personnes qui ne pourront démarrer leur contrat aidé demain. «  Ce sont des contrats importants car ils assurent la sécurité des enfants et des piétons. De plus, cela leur permet de se relancer dans la vie professionnelle. Là, que vont-ils devenir ?  », ajoute-t-il. L’élu d’opposition aimerait aussi que ces contrats aidés soient «  améliorés. On doit assurer le suivi des personnes après leur contrat et les former. Certains peuvent très bien par exemple poursuivre dans des emplois de sécurité  ».

Si jamais il venait à l’idée de nos compères  Gacquerre-Gibson d’imiter leurs collègues de Calais, un conseil n’envoyer pas vos enfants à l’école.

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