APL :L’appel messianique du président est ridicule.

Il y a dans le monde contemporain des problèmes plus graves, mais s’il n’y avait pas un ouragan catastrophique sur la côte Est de l’Amérique et aux Antilles, l’exclusivité de l’information qui nous est délivrée depuis quelques jours porterait sur une réduction de cinq euros mensuels des aides personnalisées au logement (APL). Le président Macron trouve qu’il s’agit d’une « connerie sans nom ». Ensuite, inexplicablement, il en lève l’étendard et appelle l’ensemble des propriétaires à baisser l’ensemble des loyers de la même somme. Il s’étonne naïvement que ce ne soit pas déjà fait dans un grand mouvement spontané. Il démontre qu’il rêve et qu’il est déconnecté de la réalité des problèmes du peuple, alors qu’il veut justement  montrer qu’il s’en préoccupe.

La contradiction saute aux yeux, et la méconnaissance des mécanismes de base de l’économie aussi, ce qui inquiète d’un ancien ministre de l’économie. Justification de cet épisode burlesque : l’importance des aides personnalisées au logement et la certitude de leur paiement aurait poussé nombre de propriétaires à adapter leurs loyers à la hausse, en contrariant les mouvements naturels et/ou souhaitables du marché. On le dit  depuis des années. C’est un magnifique exemple des effets pervers du système français d’économie administrée. Mais seule une frange de la population bénéficie des APL.  Pourquoi leur baisse aurait-elle des effets généralisés ? Le loyer est le prix d’une prestation, pas un accessoire du revenu du locataire. On a déjà trop de choses indexées sur le revenu, à commencer par les impôts (qui sont selon les mots du dessinateur Jacques Faizant, « calculés sur l’argent que tu n’as, déjà, plus et à payer avec celui, que tu n’as pas encore »). Cette indexation généralisée des prélèvements sur les revenus, avec des taux progressifs, fait que les classes sociales qui se battaient autrefois pour augmenter leurs revenus, se battent aujourd’hui pour les diminuer, comme les médecins qui se regroupent, avec un effet pénalisant sur la croissance économique. 

Pourquoi diable un propriétaire retraité, qui va voir ses revenus diminués par l’augmentation annoncée de la CSG, aurait-il envie de baisser le loyer de ses biens, en faveur de locataires sans APL et sur le revenu desquels la mesure de réduction est sans effet ? L’appel messianique du président est un non-sens ridicule. Les mécanismes économiques (comme les phénomènes climatiques) ne se décrètent pas, on ne peut que les accompagner,  favoriser,  entraver ou aggraver leurs effets.

Cette inadéquation de l’intervention présidentielle laisse une impression de malaise. On se dit que disserter sur cinq euros n’est pas du niveau d’un président de la République. Inversement,  on reproche tellement à notre caste de politiciens d’être déconnectés de la vie concrète des citoyens, qu’on se réjouit qu’un président, par exception, se penche dessus. Mais cette satisfaction s’évanouit, en voyant son traitement  éthéré et prophétique , et on se dit que, même quand ils veulent faire un effort vers le concret, nos politiciens sont indécrottables. En fin de compte, voire en fin de conte, le macronisme se réduit-il à une épopée à cinq balles ?

Publié le par Raymond Lévy

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