Le gouvernement tente de déminer les critiques naissantes sur sa gestion d’Irma

Face aux attaques venant de l’opposition, l’exécutif s’est déployé ce week-end pour communiquer sur les moyens mis en oeuvre.

Le gouvernement tente de déminer les critiques naissantes sur sa gestion d’Irma.

POLITIQUE – L’exécutif a senti le piège se refermer sur lui. Alors que les témoignages sur les pillages et la détresse des habitants de Saint-Martin affluaient ce samedi, incitant Marine Le Pen à dénoncer « l’impréparation » de l’Etat face à l’ouragan Irma, le gouvernement a redoublé d’effort ce week-end pour tenter de déminer les critiques sur sa gestion de la catastrophe.

Le gouvernement a-t-il failli dans l’organisation de la sécurité à Saint-Martin et Saint-Barthélemy ? Alors que ces deux îles n’ont pas commencé à panser leurs plaies après le passage de l’ouragan Irma, qui les a dévastées mercredi, la polémique enfle sur place et en métropole.
Invité du « Grand jury » LCI/RTL/Le Figaro, le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti a estimé qu’il « y a une défaillance de l’Etat à Saint-Martin et Saint-Barthélemy ». Dénonçant « l’absence » d’un ministre de l’Intérieur « pas à la hauteur », il a estimé qu’on « aurait du mieux prépositionner des forces, des unités de sécurité civile pour protéger les populations, des militaires », notamment pour éviter les pillages. « Il faudra tirer toutes les conséquences de ce qui s’est passé », notamment par le biais d’une « une commission d’enquête parlementaire », a-t-il demandé.
Dans l’émission « Dimanche en politique » sur France 3, le leader de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a tiré les mêmes conclusions. Il a demandé une enquête « pour savoir si l’on a prépositionné des forces militaires et civiles en nombre suffisant, alors qu’on savait que l’ouragan arrivait ».
L’ex-ministre socialiste des Outre-mer Victorin Lurel, ancien président de la région Guadeloupe, a noté que « dans la partie néerlandaise de l’île [de Saint-Martin], avec des soldats, l’armée (…) est dans tous les quartiers et (…) contrôle » la situation, ce qui « n’est pas le cas dans la partie française ».
Source ATlANTICO

Interrogé lors du Grand Rendez-vous Europe1/Les Echos/CNews, le porte-parole du gouvernement, Christophe Castaner, a soutenu qu' »évidemment nous savions depuis quelques jours que le risque était extrêmement élevé ». « Evidemment nous avions mis des militaires, des services de soins, de santé en mobilisation en Guadeloupe, parce qu’il aurait été inopportun de les localiser sur le site à risque », a-t-il ajouté. « Plus de 1000 personnes sont immédiatement intervenues sur site », a encore souligné le porte-parole, vantant aussi « un service de sécurité civile en France d’un niveau exceptionnel ».

La veille, dans la foulée des déclarations de Marine Le Pen qui faisait sa rentrée politique, une réunion de crise avait été convoquée à l’Elysée. Le président Emmanuel Macron s’est lui-même chargé d’annoncer sur Twitter le « doublement des effectifs militaires et de police » pour sécuriser les îles sinistrées.

240 gendarmes supplémentaires, une 40aine de membres du GIGN et du GIPN et des renforts du 33ᵉ RIMA sur place d’ici quelques jours. 

Outre les 410 gendarmes et 80 policiers déjà sur place, 380 militaires, 240 gendarmes mobiles, 30 hommes du GIGN et 15 du GIPN étaient « en cours d’acheminement » a par ailleurs précisé dimanche le gouvernement. Le dispositif sera complété rapidement par des moyens militaires avec la mobilisation de trois compagnies (infanterie de marine, parachutistes) en plus de celle déjà sur place, plus « un détachement du GIGN et un autre du GIPN », a détaillé de son côté samedi soir le premier ministre Edouard Philippe, non sans tacler « tous ceux qui voudraient profiter de la gravité de la situation pour faire vivre telle ou telle polémique » qui « ne rendent service ni aux populations locales ni à l’ensemble des forces de secours et de l’ordre ».

Une communication défaillante

Las, ce dimanche, les critiques ont redoublé d’intensité. « Pourquoi toutes ces mesures n’ont-elles pas été prises avant? », a interrogé dimanche le député d’extrême-droite Gilbert Collard, en considérant que « le gouvernement avait à peu près cinq jours pour se préparer » avant l’arrivée de l’ouragan sur les îles françaises.

« On me dit qu’il y a 410 gendarmes déjà sur place, ça n’est pas ce que constate la population », a réagi l’ancien ministre des Outre-mer, Victorin Lurel (PS), dimanche matin depuis Pointe-à-Pitre, tout en reconnaissant qu’il ne s’agissait que de « ressentis ». L’ancien président de la région Guadeloupe, qui a reconnu que l’État avait désormais « pris conscience des choses », a toutefois exhorté les pouvoirs publics à « faire davantage, mieux et autrement », notamment en améliorant sa communication.

Depuis le début du week-end, les membres du gouvernement ont intensément relayé sur les réseaux sociaux les images de l’Etat-major des armées montrant les secours à l’oeuvre à Saint-Martin et Saint-Barthélémy.

 et  : 26 rotations d’acheminements de fret humanitaire et de secours réalisés aux Antilles par le Panther du Ventôse.

Face à la colère des populations sur place, l’exécutif muscle son jeu: Gérard Collomb a indiqué qu’une radio d’urgence, « pour informer la population », émettra dans la journée, ce qu’a confirmé Radio France. Une interdiction de circulation s’apparentant à un couvre-feu est en vigueur à Saint-Martin entre 19h et 7h jusqu’à mercredi.

Pas sûr que l’affaire en reste là. Ce dimanche, Eric Ciotti (Les Républicains) et Jean-Luc Mélenchon (France insoumise) ont réclamé la création d’une enquête parlementaire sur la gestion de la crise par l’exécutif.

Geoffroy Clavel , Chef du service politique du HuffPost

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