Suppression de la taxe d’habitation : une fumisterie

Si on supprime des rentrées d’argent, alors il faut supprimer des dépenses. La comptabilité nationale n’est pas indépendante des réalités financières.

C’est le miracle du socialisme : Emmanuel Macron supprime la taxe d’habitation (principale source de financement des communes) et en même temps il reverse à celles-ci l’intégralité de cette somme, « à l’euro près » nous dit le tract d’En Marche ! reçu dans ma boîte mail.

La suppression de la taxe d’habitation pour 80% des contribuables est, avec la réduction à 12 élèves par classe des cours préparatoires des zones d’éducation prioritaire, l’un des projets phares du programme présidentiel d’Emmanuel Macron. Mais , comme la seconde, la première de ces propositions apparaît de plus en plus comme une imposture.
En effet, il est clair que la taxe d’habitation reste l’un des liens directs entre les collectivités territoriales (et avant tout les communes) et leurs habitants qui assurent ainsi une source de revenus important et même essentielles pour les premières. Sur la vingtaine de milliards d’euros qu’elle rapporte aujourd’hui annuellement aux communes, 8,5 milliards n’arriveront plus dans leurs caisses, selon le chiffrage du ministre des comptes publics, Gérald Darmanin.
Emmanuel Macron a certes promis de compenser le manque à gagner « à l’euro près » mais cet engagement suscite de vives craintes du côté des maires. « Personne ne croit à la compensation. La sincérité est certainement là, mais la capacité à le faire, je n’y crois pas », affirme le maire de Troyes, François Baroin. Nous non plus, nous n’y croyons pas pour la simple et bonne raison que, dans le contexte de vaches maigres actuel (les mesures d’économies promises par le Premier ministre sont effrayantes)…où le gouvernement trouvera-t-il 8,5 milliards d’euros supplémentaires ? Il en résultera donc, inéluctablement, soit un effondrement des investissements municipaux avec une dégradation importante de la qualité de vie voire même de la sécurité des citoyens soit une augmentation de la pression fiscale municipale pour faire face aux obligations des édiles.
Au total, on nous reprendra d’une main ce que nous aurons cru que l’on nous offrait de l’autre.
Et, dans tous les cas, ce seront une fois encore les classes moyennes qui échapperont à toute amélioration de leur niveau de vie tant elles seront sollicitées pour boucher les trous imposés par l’Etat.
D’ailleurs, d’autres mesures d’économies touchant les collectivités territoriales sont d’ores et déjà dans les tiroirs du gouvernement d’Emmanuel Macron telles que la suppression d’environ 70 000 postes dans la fonction publique territoriale et une économie de 10 milliards d’euros pour les collectivités sur cinq ans (sur les 60 milliards d’euros prévus au niveau national).
« On ne laissera rien passer qui ne soit pas calculé, prévu », a prévenu dimanche le président LR du Sénat, Gérard Larcher, dans Le Journal du dimanche, mettant en garde contre un « pacte de confiance » qui ne serait qu’un « marché de dupes » s’il n’était construit « qu’en fonction des contraintes budgétaires de Bercy ». M. Larcher demande désormais une loi de finances pluriannuelle consacrée aux collectivités.
« Sur les trois dernières années, les collectivités locales ont réalisé 34 % d’économies à l’échelle de toutes les dépenses nationales, alors que 80 % de la dette est de la responsabilité de l’Etat », rappelle M. Baroin dans Le Parisien, avant d’asséner : « Là, je dis que trop, c’est trop ! »*

L’État surendetté et en faillite, qui n’a plus les moyens de financer son armée alors que nous sommes en guerre et qui cherche à raboter les budgets de toute part s’engage ainsi à payer la taxe d’habitation des communes. En 2009, le montant de celle-ci était de 17 milliards d’euros. Où l’État va-t-il trouver cette somme ?

Comment croire aussi que la somme due sera réévaluée tous les ans et versée ainsi aux communes ? La suppression de la taxe d’habitation est une arnaque vendue pour les présidentielles et que le gouvernement tente de ressortir pour les sénatoriales.

Ce qui va se passer, c’est que l’État va capter à son profit la somme de la taxe d’habitation et qu’il va en reverser une partie aux communes. Bien évidemment, la somme reversée sera de moins en moins importante chaque année, alors que la somme prélevée sera accrue, sans que le citoyen sache réellement comment elle est calculée, à quoi elle sert et à qui elle est versée. L’opacité fiscale est indispensable pour pouvoir exercer une forte pression sur la population sans que celle-ci se rebelle.

La suppression de la taxe d’habitation est donc une fumisterie. Comment croire d’ailleurs qu’un État surendetté et en faillite puisse supprimer un impôt ?

RÉFORMER LA FISCALITÉ

Ce qui est vrai, c’est qu’il faut revoir le fonctionnement de la fiscalité, qui prélève aujourd’hui plus de la moitié des revenus de la population. Il est regrettable que la droite n’ait pas d’idée sur ce sujet. Car réformer la fiscalité suppose de revoir le fonctionnement de notre État providence, la raison d’être des dépenses de l’État et le périmètre de son action. Cela ne se limite donc pas à quelques détails techniques pour savoir s’il faut diminuer tel ou tel taux.

L’argent public n’existe pas, c’est l’argent des contribuables. Et l’argent ne pousse pas sur les arbres à sous de la forêt de Brocéliande. Si on supprime des rentrées d’argent, alors il faut supprimer des dépenses. La comptabilité nationale n’est pas indépendante des réalités financières, contrairement à ce que voudraient faire croire certains tracts politiques.

Source Contrepoints

Il va falloir, si ce n’est trop tard, nous défaire de nos pesanteurs, apprendre à partager, créer les conditions d’une véritable démocratie participative et enfin favoriser l’émergence d’un ordre politique et éthique commun à toute l’humanité, fondé sur la laïcité qui en est la raison et les droits de l’Homme qui en est le ciment. Faute de quoi de nouvelles formes de totalitarisme, politique, religieux ou autres tenteront de prendre le pouvoir. JPC

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